Niveau 1 : La loi d'oubli

Carlos Castaneda

Dernière modification le 11/03/2012 à 16h53

Le regard noir et or de Carlos Castaneda.

 

Dans les années 70, un météore a traversé le ciel, visible de toute la terre. Il se fait appeler Carlos Castaneda. En plongeant au coeur du chamanisme yaqui, le jeune anthropologue américain va ouvrir la tête à toute une génération. Avec lui débute le New Age.

 

La légende Castaneda

 

Dahlia du MexiqueAnthropologue, écrivain et chercheur de vérité,La formule est de Idriss Shah. Lisez L'enseignement soufi Carlos Castaneda entre en 1960 à l'université de Californie (UCLA). Il est alors âgé de 29 ans. Fait troublant : pas trace de lui dans les archives de l'université. Etait-il inscrit ailleurs ? Avait-il  un pseudonyme, comme les personnages de ses livres ? Ou bien Castaneda était-il un mythomane ? Le mystère dont il s'est entouré au début de sa vie peut accréditer cette hypothèse.  Paradoxalement, quand il a commencé sa "vie publique", il a perdu beaucoup de son crédit international.

 

Carlos   castaneda, jeune homme de bonne famille, au Pérou, en 1949. A   l'arrière-plan : Retour à la Sierra Tarahumara, photo Géo

 

Une version   amérindienne de l'ouroboros, le serpent des origines qui se mord la   queue. Est-ce une vision du temps cyclique ? On peut le penser. Des mauvaises langues ont alors susurré qu'il avait tout inventé. Mythomane ou pas, il nous présente le nagualismeVoir plus bas la définition du Nagual dans une version cohérente, toujours accessible ;  au fil de ses Histoires de pouvoir il développe une philosophie de l'action exigeante, qui s'articule à merveille sur une théorie de la connaissance puissante et inédite. Et qui se paye le luxe rare d'être pertinente : elle rend compte de bien des anomalies de nos perceptions et de nos représentations, et mériterait, à ce seul titre, d'être enseignée à l'université.A l'UCLA, pourquoi pas ?

 

Amulette yaqui taillée   dans un os de baleine

 

La voie du Nagual

 

Un cactus nommé peyotl, et     qu'il appelle MescalitoAu fait, qu'est-ce que le nagualisme ? C'est une théorie de la connaissance doublée de règles d'action. Action + connaissance, ça donne un système philosophique complet, cohérent et opératif. L'opérativité ? Autre concept castanedien qui mérite un éclaircissement. Est opératif ce qui fonctionne, ce qui obtient le résultat escompté. L'opérativité d'un briquet, c'est d'émettre une flamme. Quand le briquet n'a plus d'opérativité, on le jette. Pourquoi ne pas faire de même avec les systèmesLisez L'excès rationaliste?

 

Oaxaca, place de la   cathédrale, sur leur banc habituel discutent trois indios, Carlitos,   Juan et Genaro. Puissance de Rêve.

Carlos Castaneda en 1965Chez Castaneda, l'opérativité vient du nagual. Autre substantif castanedien, le nagual est à la fois le sorcier qui dirige le clan et le côté gauche du corps (ou l'hémisphère droit du cerveauLisez L'excès rationaliste), c'est à dire notre aptitude à la sorcellerie. Attention, qu'on ne se méprenne pas sur le sens de ce mot. En nagualisme, sorcellerie ne renvoie pas aux bûchers du Moyen-Age, mais plus simplement à nos pouvoirs perdus,Lisez Nos pouvoirs perdus ces pouvoirs oubliés qui jadis ont fait de nous des dieux.Lisez Devenir des dieux


Art tarahumaraLeur absence crée une béance qui laisse l'essentiel de l'humanité exsangue, affamée sur les bords de l'autoroute à péage qu'est la mondialisation. Castaneda voulait ouvrir une autre voie. Une voie royale, à l'écart des gadgetsLisez A petits feux et des compromissions. Une voie pour les braves. Les adeptes du nagualisme sont en quête de la liberté totale, par la remémorationLisez On n'oublie rien de l'intégralité de leur vie et l'impeccabilité du comportement. Impeccabilité n'est pas sainteté, loin de là.Voir plus bas

 

Les quatre ennemis

 

La vieillesse est le   dernier ennemi du guerrierSur le chemin de l'apprenti, ou du guerrier, les principaux ennemis sont intérieurs, tant il est vrai que le principal obstacle sur ta route, c'est toi-même. Ces quatre redoutables ennemis du guerrier arrivent toujours dans le même ordre, ainsi le veut la Règle. Le premier ennemi à vaincre, c'est la peur. Le second ennemi, c'est la clarté. Le troisième ennemi, c'est le pouvoir. Et le quatrième ennemi, qui tôt ou tard rattrappe le guerrier le plus impeccable, c'est la vieillesse.

 

Rites de nagualisme, à   contempler "côté gauche", avec l'hémisphère droit

 

Carlos Castaneda le gros nagual qui doucement sort de l'ombreMais comment un étudient étasunien est devenu le modèle planétaire de toute une génération ? L'histoire vaut d'être contée. Au Mexique, où il cherche des informateurs sur les rites sacrés du peyotl, le jeune Carlos rencontre un sorcier yaqui, Don Juan Matus. Très impressionné par ses pirouettes, Carlos devient son élève. Son premier livre, L'Herbe du diable et la petite fumée surtout consacré au peyotl et à la datura, lui vaudra le titre de Docteur en anthropologie à l'université de Los Angeles en 1970. Aucune trace aux archives…

 

Réalité non-ordinaire

 

Il sillonne le   Mexique, le Texas et le Nouveau Mexique à la suite de Don Juan Matus Renonçant vite à ses études, réelles ou supposées, l'universitaire entre en nagualisme. Don Juan, le nagual, dirige un clan de sorciers-voyants qui font vivre à Carlos Castaneda des aventures au-delà des limites ordinaires de notre perception.Voir Le voyage en alpha Initié, selon ses propres termes, à diverses expériences non ordinaires, il les exposera dans de nombreux livres vendus à des millions d'exemplaires : Voir Le Voyage à Ixtlan Histoires de pouvoir Le second anneau de pouvoir

 

Aigle royalLe don de l'aigle Le feu du dedans La force du silence. Témoin de la recherche du sacré et de l'élargissement des consciences, le phénomène Castaneda a posé les bases du mouvement new age. Difficile de le réduire à une mode ou une époque : aujourd'hui encore, nombreux sont les chercheurs de véritéL'expression a été popularisée par Idriss Shah. Lisez L'enseignement soufi qui se servent de ses techniques et de ses trouvailles multiples pour explorer l'infini. L'Herbe du diable et la petite fumée est le premier livre de Carlos Castaneda.

 

Le rôle des drogues

 

Visions donnée par   l'ayahuasca, drogue chamanique utilisée dans toute l'Amérique latine C'est aussi le seul qui fait état des drogues psychédéliques comme partie intégrante des pratiques magiques des sorciers mexicains. Pourtant, Juan Matus lui révélera plus tard que l'usage répété des substances psychotropes n'était valable que dans son cas précis : "J'ai dû me servir des drogues parce que tu étais trop bouché pour comprendre autrement. Il fallait bien ça pour t'ouvrir la tête. Mais tu es le seul de mes élèves à les avoir utilisées. Les droguesLisez Ayahuasca, vin de l'esprit ne servent qu'aux abrutis comme toi."

 

Le chaparral, un paysage de brousse qui rappelle le maquis corse, est un des lieux de   prédilection   de Castaneda.

 

Une oeuvre inégale

 

Carlos Castaneda en     1980Journal d'études anthropologiques ou bien suite romanesque, les bouquins de Carlos Castaneda sont d'intérêt variable. En français, Gallimard a publié les seuls qui témoignent d'une maturité et d'une force de conviction de bon aloi. Les autres éditeurs n'ont eu que des miettes, souvent douteuses… Un jour, Castaneda a quitté le chemin qui a du cœur. Le génial auteur a soudain laissé place à un bouffon mytho-mégalo-érotomane, qui ne se soucie plus de tirer ses lecteurs vers le haut, mais plutôt de leur soutirer du pognon.

 

Amulette yaqui taillée   dans un os de baleine

 

Guerrier tarahumaraVoilà pourquoi ses derniers bouquins pourraient s'intituler L'impeccabilité perdue. L'impeccabilité, pour le guerrier ou le sorcier,En Europe, ce mot a pris un sens péjoratif. Sous d'autres cieux, le sorcier ou nagual est respecté pour la hauteur de ses ambitions et la totalité de son engagement.  Il est aussi guérisseur de l'âme et du corps. consiste à faire le mieux possible la tâche qui lui incombe, sans autre considération ni parasitage d'aucune sorte.  En pratiquant cette impeccabilité dans chacun des actes de sa vie quotidienne, le chercheur de vérité reçoit des aides impersonnelles, qui émanent du vivant.Lisez Le Vivant Un peu ce que les chrétiens appellent la grâce divine, mais sans dieu.

 

Impeccabilité, synchronicité

 

Souvent, il parcourt   le chaparral, derrière la ramada

Pour sortir du contexte religieux qui est inapproprié, disons que les aides reçues par le guerrier impeccable s'apparentent à ce que le psychanalyste Carl Jung appelle des synchronicités. Juan Matus les désigne sous le nom générique de pouvoir personnel. L'impeccabilité, pour le chercheur ou le voyant, c'est la condition de toute interprétation du voir,Il s'agit du voir au sens castanedien, lire page  comme de celle des vestiges, des ruines ou des textes anciens. Elle exige la prudence et l'ouverture d'esprit.

 

Art huicholL'impeccabilité du chercheur consiste à ne pas projeter dans ce qu'il voit son conditionnement d'homme du 21e siècle. Il doit avancer libre de préjugés, formuler ses hypothèses avec toutes les ressources de son imagination créatrice pour parler comme Bergson, ou de son voir pour parler comme Castaneda, et les valider ou corroborer avec la plus impartiale rigueur. Ce qui représente beaucoup de qualités, dont certaines sont contradictoires.Lisez L'excès rationaliste

 

Champignons de   pierre de Tapahumara, le far-west mexicain © Géo

 

Ne forcer le destin de   personne, fut-ce d'un escargotSe souvenir que l'impeccabilité n'a rien à voir avec la morale. Un jour, Carlos chemine avec Juan Matus. Soudain l'apprenti ramasse un escargot qu'il dépose à l'abri. Matus s'insurge : jamais un guerrier n'impose son "aide" à quiconque, fut-ce un escargot. Qui sommes-nous pour décider du destin des autres êtres ? En déplaçant cet escargot, Castaneda lui a peut-être volé une victoire. "Je vais le remettre où je l'ai pris", répond l'apprenti penaud. "Non, dit Matus. La bêtise est faite, n'en ajoute pas une deuxième."

 

Pas de dieu pour les   chamanes, mais un pouvoir inépuisable, l'EnergieA proprement parler, il n'y a pas de dieu ni de morale pour les sorciers, mais un pouvoir aveugle, inépuisable, universel, qui est l'Energie, et un principe impersonnel réactif, l'Intention. Avec son intention propre, le guerrier attire l'Intention impersonnelle, qui fait pleuvoir sur lui des flots d'Energie. L'intention attire l'énergie comme un paratonnerreLisez La porte de la foudre attire la foudre.Lisez La foudre, cette inconnue Quand il reçoit l'énergie cosmique,Lisez Le secret des grandes pierres le guerrier est relié : il est uni avec le Tout. Alors il accumule coups de pot et synchronicités.

 

Rites de nagualisme, à     contempler "côté gauche", avec l'hémisphère droit

 

 A chacun de nous d'apprendre à attirer la chance.

Et le moyen, c'est l'impeccabilité. Pas la sainteté.

 

 

 


Carlos Castaneda vers la fin de sa vieNous nous rendons pitoyables

ou nous nous rendons fort.
La quantité de travail à fournir est la même.

Carlos Castaneda